Mouvement acrobatique pendant un dununba (ou dounoumba ou doundounba) qui signifie littéralement la « danse des hommes forts » en maninka, la langue des Malinkés. 

La fête de la Mare de Baro

 

Grand événement culturel de la région de Haute Guinée, la fête de la mare de Baro se déroule chaque année au mois de mai à une date fixée un mois à l'avance par les vieux du village.

Dans ce village de 3 à 4000 habitants situé au coeur du Hamana, à 600km de la capitale Conakry, vont se succéder pendant 3 jours des joutes de danses traditionnelles mandingues rythmées par les percussions et les chants malinkés, l’ethnie majoritaire dans cette région. 

En Afrique de l’Ouest, les forêts et les mares sont des lieux spirituels habités par des génies et des diables et dans lesquels les populations viennent faire des vœux : pour la famille au sens large, les récoltes, la santé, la bonne fortune etc…

La fête de la mare est, en quelque sorte, un moment où l’on remercie d’une façon festive, les génies d’avoir exaucés les vœux faits l’année passée. Et comme la mare de Baro est la plus grande de la région et que tous les génies des autres mares sont en relation avec elle, cette fête est la plus renommée du pays.

Ainsi pendant les trois jours, le village voit sa population tripler. Toute la région s'y donne rendez-vous ainsi que les émigrés du village qui pour l’occasion reviennent de l’étranger ou d’autres parties de la Guinée voir la famille et les amis.

En plus des retrouvailles, la fête joue le rôle de ciment social et économique car des futurs époux sont présentés pour la première fois, des mariages sont scellés, des affaires sont conclues, des nouveaux liens sont noués etc…

Sans compter depuis peu, la présence de quelques touristes musiciens Européens, Américains ou Japonais venus apprendre les rythmes traditionnels mandingues.

La fête débute par le nettoyage de la forêt sacrée située juste à côté du village. Ce rite est normalement exécuté par les filles vierges  (suite...)

Le village de Baro dans la région du Hamana, en Haute-Guinée se trouve à 600km de la capitale, Conakry. Situé en plein cœur de l’ancien royaume mandingue, qui régna sur une partie de l’Afrique de l’Ouest du 13 ème  au 15ème siècle, Baro peut se targuer de faire partie des 12 villages du Hamana qui constituent le centre géographique des rythmes malinkés traditionnels du djembé les plus connus et les plus joués 

Nettoyage de la forêt sacrée de Baro. Ce nettoyage est effectué par des jeunes femmes vierges et symbolise le nettoyage de la maison avant l’arrivée d’invités. 

Arrivée du public et des premiers vendeurs de marchandises diverses. Ceux-ci viennent principalement des villages de la région mais parfois aussi de la capitale, Conakry. 

Le féticheur du village de Fananko et son masque, le Djonkun censé éloigner les mauvais esprits grâce aux petits miroirs. 

Danse du dununba.

Le premier soir, les troupes de batteurs des villages environnants vont de maison en maison jouer des rythmes traditionnels et gagner un peu d’argent. Les batteurs se font ainsi connaître afin de, peut-être, intégrer un des nombreux ballets régionaux. 

du village mais dans la réalité, tout le monde y participe, surtout les enfants. Nettoyer la forêt, c’est une façon de bien recevoir les amis et les voisins. On nettoie la maison avant que les invités n’arrivent.

Auparavant, la forêt sacrée était beaucoup plus étendue et les villageois chassaient les animaux sauvages pour les offrir en cadeau de bienvenue.

En même temps que le nettoyage, arrivent les premiers « touristes » : vendeurs ambulants, vendeurs de nourriture diverse, de cassettes audio, de fringues, de balais et d’articles en tout genre.

Dès que les groupes de musique débarquent, les festivités commencent. 

Ces groupes viennent des villages aux alentours et quelques fois de l’étranger. Après avoir salué les anciens de Baro et même avoir fait une petite démonstration de leur talent, ils se promènent de rue en rue pour s’annoncer à la population, s’arrêtent devant les cases des riches habitants pour demander de l’argent (comme c’est la tradition en Guinée), et improvisent, devant les cases qui leurs sont réservées, des danses sur des rythmes traditionnels. Ces impros peuvent durer des heures et c’est ainsi que durant les 3 jours, du matin au soir, le village résonnent du son des tams-tams. Le but de ces rythmes est d’arriver à faire danser les femmes et le batteur qui y arrive est souvent perçu comme le meilleur batteur. Le point culminant de la partie musicale de la fête est le grand dunumba exécuté sur la place centrale du village dans la chaleur et la poussière.

Le dunumba (ou doundounba ou dounoumba) est le nom d’une danse et d’un rythme traditionnel mandingue et plus précisément du Hamana. L’ethnie Mandingue (ou Malinké) est l’ethnie majoritaire de la Haute Guinée et du sud du Mali.

Ce rythme, fort apprécié  dans la région, signifie littéralement «la danse des hommes des forts». Le dunumba contient 28 rythmes qui constituent autant de sous-ensembles : il y a le dununba pour les personnes âgées, celui pour les femmes, pour les enfants etc…

La danse est en fait un combat symbolique entre différentes  (suite...)

 

Les habitants du village et tous les visiteurs se pressent pour assister au grand dunumba qui va se dérouler sur la place du village. 

Le grand Dununba, sur la place du village de Baro, oppose les Baratis aux «fils» de Baratis. 

Un danseur exécute la danse du bandoguielli. Le nom de ce rythme et de cette danse est tiré du nom d’un singe vivant en Afrique de l’Ouest, le bando. Ce singe a pour particularité d’avoir le bout de la queue blanc et en forme de touffe qu’il frappe contre le sol en fonction du danger. Les danseurs reproduisent ce rythme avec des poils de bouc accrochés à un cercle en fer placé autour du cou en bougeant frénétiquement leurs épaules de bas en haut.

Danse du dunumba pour personnes âgées. 

Danse du dunumba pour femmes.

Danse du dunumba pour personnes âgées. 

La danse du dendounou effectuée par des danseurs du village de Takoura. Le dendounou est une danse pour présenter les filles d’un village aux habitants des autres villages. Pour cela, le danseur fait tournoyer sa jeune partenaire tout autour de son corps, la portant sur ses épaules, seule ou avec ses camarades, la balance derrière lui dans les bras d’un autre danseur, ou la porte comme un bébé etc… Les danseuses peuvent être seules ou en groupe.

Cette danse est particulièrement éprouvante pour les hommes, qui peuvent porter jusqu’à 3 jeunes filles sur leurs épaules et terriblement dangereuse pour les danseuses. Surtout lorsqu’elles sont jetées d’avant en arrière dans les bras du danseur suivant. Elles peuvent alors échapper aux bras de celui qui les réceptionne, tomber et se briser les vertèbres.

 

catégories d’hommes du village : les Baratis, les «fils» (au sens symbolique du terme) de Baratis et les «petits fils» (toujours symboliquement) de Baratis. Les Baratis sont des personnages importants. Ils sont responsables de tous les événements rituels, cérémoniels et festifs du village. Ce sont aussi de très grands danseurs qui évoluent par classe d’âge de 6 ans. On ne devient pas Barati comme cela. Il faut franchir un certain nombre d’échelons dont les deux derniers sont «petits fils» et «fils» de Barati.

Pendant le dunumba, les «fils» vont «affronter» les Baratis pour leur démontrer leur force et montrer ainsi à toutes les personnes présentes qu’ils sont capables de prendre leur place.  Et les «petits fils» vont faire de même mais avec les «fils».

Les Baratis étant armés d’une hache et d’un fouet en cuir d’hippopotame, ces défis n’ont rien d’anodins.

Pendant la danse, les trois groupes passent devant ou derrière chaque autre groupe. Les trajectoires des danseurs sont donc stratégiques et parfaitement codifiées.

Cette danse est terriblement physique mais n’est plus aussi dangereuse qu’auparavant. Avant l’installation de l’administration coloniale, les affrontements étaient souvent mortels : les danseurs se fouettaient entre eux et, sous l’emprise de la musique, les coups de haches pouvaient être fatals. C’est ainsi que des classes d’âge disparaissaient complètement pendant cette danse.

L’administration trouvant cette pratique «sauvage et barbare», elle l’interdit durant l’entre 2 guerres.

Le soir de cette journée est marqué par des concerts de percussions ou de musique contemporaine avec des groupes venant de Kankan, la capitale administrative du Hamana. Comme partout, des vendeurs ambulants essaient de vendre des marchandises en tout genre pendant que des jeunes font des courses de motos afin de séduire les jeunes filles. Comme le village n’est pas goudronné, ces courses  (suite...)

Le soir du 2ème jour, après le grand dunumba, une fête moins traditionnelle commence. Certes des groupes de musique continuent de jouer du tambour mais ce qui remporte le plus de succès ce sont les jeunes hommes des villes voisines qui débarquent avec leur moto bricolées pour séduire les filles. Ainsi, dans l’obscurité presque complète, ils vont tourner et tourner encore, provoquant un énorme nuage de poussière dans tout le village. Et toute la nuit, une foule compacte et dense va déambuler entre les étals du marché pour commercer, boire, rire et s’amuser. 

Le lendemain du grand dunumba, la population se regroupe au bord de la mare pour participer à la grande pêche. Celle-ci est une façon de remercier les gens venus participer à la fête. Ce sont surtout les femmes qui, grâce à des nasses, des paniers ou même leurs mains, assument cette tâche, quelles qu’en soient les conditions.  

Le lendemain du grand dunumba, la population se regroupe au bord de la mare pour participer à la grande pêche. Celle-ci est une façon de remercier les gens venus participer à la fête. Ce sont surtout les femmes qui, grâce à des nasses, des paniers ou même leurs mains, assument cette tâche, quelles qu’en soient les conditions.  

Le lendemain du grand dunumba, la population se regroupe au bord de la mare pour participer à la grande pêche. Celle-ci est une façon de remercier les gens venus participer à la fête. Ce sont surtout les femmes qui, grâce à des nasses, des paniers ou même leurs mains, assument cette tâche, quelles qu’en soient les conditions.  

Juste après la pêche, la population rentre chez elle afin de se préparer aux autres fêtes de la mare qui auront lieu dans toute la région au mois de mai. 

 

soulèvent des nuages de poussière aussi suffocants qu’aveuglants.

 

Le lendemain du grand dunumba, l’événement marquant est la pêche dans la mare de Baro.

Celle-ci marque la fin de la fête et est une façon de remercier les gens d’être venus.

A la faveur d’un signal, les milliers de personnes massées au bord de la mare s’y précipitent pour capturer des poissons à l’aide de nasses et de paniers. La mare est ainsi, une fois par an et pendant toute la matinée, complètement retournée par des milliers de mains qui cherchent dans la vase et sous les herbes tous les poissons qui s’y cachent.

Immédiatement après la pêche, les gens repartent dans leur village pour préparer les autres "Fêtes de la Mare" qui ont lieu dans toute la région tout au long du mois de mai.

Olivier Lenoble 2002